Le prix écologique : Métaux et Terres Rares

Les métaux rares sont utilisés dans différents secteurs tels que le high-tech (téléphonie, écrans, leds, batteries électriques, etc.), le raffinage du pétrole ou encore la production de verre. Ils sont généralement considérés comme stratégiques car indispensables pour des industries d’avenir comme le numérique et les énergies renouvelables.

Posséder des métaux pour le développement économique et la transition énergétique engendre des tensions géopolitiques. En effet, ils sont détenus en majorité par une poignée de nations. En 2017, selon l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), 86 % de la production mondiale des terres rares se concentre en Chine ; 64% du cobalt est extrait en République Démocratique du Congo, 46 % du palladium en Russie, 85 % de l’iridium en l’Afrique du Sud. Leur extraction est d’ailleurs de plus en plus médiatisée, car elle a des conséquences terribles sur l’environnement, la santé des extracteurs et des habitants des zones d’extraction ainsi que sur l’instabilité géopolitique qu’il est important de stopper au plus vite.

Une dépendance ayant des conséquences majeures

Une nécessité pour le développement économique

On compte aujourd’hui une quarantaine de métaux rares, comme le cobalt, le lithium, le mercure ou encore le tungstène. Parmi ces métaux rares, il existe une famille de 17 métaux rares que l’on appelle les terres rares telles que le néodyme ou le cérium. On parle de métaux rares car ils sont produits en plus faible quantité que les métaux classiques (bronze, fer, etc.) et ils sont stratégiques pour le bon fonctionnement des industries majeures telles que le numérique ou les énergies renouvelables. Par exemple, le lithium peut être utilisé pour fabriquer des batteries et on retrouve le cobalt notamment dans les turbines à gaz.

Découvertes en 1787, par le suédois Carl Alex Arrhenius, les terres rares ne sont pas si rares que ça. Elles doivent leur nom au fait qu’il était, à l’époque, difficile de les extraire et de les produire à grande échelle. En effet, il faudra attendre les années 1940 pour que des techniques adaptées voient le jour. Aujourd’hui, nous consommons 130 000 tonnes de terres rares par an. Finalement, la rareté de ces terres rares repose davantage sur le fait que la majeure partie de leurs ressources appartient à une petite poignée de nations, et notamment la Chine.

Un sujet géopolitique

La nécessité d’utiliser ces métaux pour le développement actuel des pays leur confère une importance stratégique au niveau international. Les pays occidentaux ayant fermé leurs mines pour des raisons sanitaires et environnementales, la Chine se retrouve avec un quasi-monopole lui assurant des revenus conséquents ainsi qu’un fort pouvoir de négociation dans les discussions internationales.

Par exemple, en 2010, à la suite de tensions politiques survenues entre la Chine et le Japon après l’arrestation d’un pécheur chinois au large de l’île de Senkak dont les deux pays revendiquent l’appartenance, la Chine aurait cessé de fournir des terres rares au Japon, ce qui aurait entraîné une défaillance dans la chaîne de production des produits high-tech du pays nippon.

Un problème environnemental

L’exploitation de ces métaux rares comporte de nombreux risques environnementaux et sanitaires. En effet, leur extraction est une opération compliquée et dévastatrice pour l’environnement quand on sait que pour obtenir quelques milligrammes de métaux rares, il faut extraire des dizaines de kilos de roche. De plus, de nombreux éléments toxiques (métaux lourds, souffre, éléments radioactifs, etc.) sont rejetés dans l’environnement. Par ailleurs, l’extraction des métaux rares nécessite de grandes quantités d’eau qui seront contaminées lors du processus et directement déversées dans la nature sans traitement. Au-delà de l’extraction, c’est le raffinage qui est une opération compliquée et qui fait intervenir nécessairement des produits chimiques afin de séparer les métaux entre eux et de la roche.

En outre, du fait que l’extraction de ces ressources impacte fortement l’environnement (cours d’eau, nappes phréatiques, sols, etc.), les populations locales sont surexposées à des risques sanitaires et des problèmes de santé tels qu’une augmentation du nombre de cancers. Par exemple, en Mongolie, où ces impacts sont critiques, la radioactivité de certains villages autour des sites d’extractions serait 14 fois supérieure à celle de Tchernobyl (32 fois supérieure à la normale).

Une catastrophe sociale

Ces minerais sont aussi appelés minerais de sang, dû aux conflits armés et aux conditions de travail inhumaines qu’engendre leur exploitation, en particulier dans la République Démocratique du Congo et la région des Grands Lacs. En 2015, 27 conflits entre groupes armés étaient liés aux contrôles des mines afin de sécuriser une source de revenus pour financer leurs guerres. Au total, ce sont des centaines de milliers de personnes qui travaillent dans des conditions déplorables pour quelques euros par semaine. En effet, selon un rapport de l’UNICEF en 2012, 40 000 enfants auraient travaillé dans les mines du sud du Congo.

Un risque de pénurie

Par ailleurs, un risque non-négligeable de pénurie de certains de ces métaux existe, ce qui pourrait impacter fortement la production d’éléments indispensables pour la transition écologique (voitures électriques, panneaux solaires, etc.). Par exemple, la production d’une éolienne consomme 200 kg de terres rares. Certains métaux comme le cobalt, le lithium, le néodyme, le tellure et le dysprosium, pourraient nous faire défaut d’ici 2050.

Des solutions sont possibles :

Afin de limiter ces impacts négatifs sur notre environnement et notre société, contrôler l’utilisation des métaux rares à des besoins nécessaires et stratégiques est primordial. Pour cela, des solutions à l’échelle industrielle et individuelle existent.

A l’échelle industrielle :

Aujourd’hui, 1 % des terres rares sont recyclées et 18 métaux rares ont un taux de recyclage supérieur à 50 %, ce qui est encore très insuffisant. En 2016, seulement 20 % des 44,7 millions de tonnes de déchets électroniques étaient recyclés. Avec 20 kg de déchets par an et par personne, la France est l’un des pays les plus émetteurs.

Les entreprises doivent donc innover pour réduire leur consommation de métaux et terres rares lors de la production, tout en améliorant la recyclabilité de leurs produits. Par ailleurs, il leur faut prolonger la durée de vie des biens de consommation au maximum afin de diminuer leur cycle de renouvellement par les consommateurs.

 

Pour les achats de métaux rares nécessaires, une politique d’achat responsable doit également être mise en place pour s’assurer que les minerais ont été extraits dans des conditions décentes.

De plus, une transition vers l’économie de fonctionnalité (payer pour le temps d’utilisation de l’objet plutôt qu’obtenir sa possession) permettrait de diminuer la production d’objets passant la plupart de leur vie non-utilisés et finalement trop peu utilisés.

Échelle individuelle

À l’échelle individuelle, le principal levier d’action est celui du choix de consommation. En effet, si les entreprises puisent toujours plus dans les ressources en métaux rares, c’est en partie dans l’optique de répondre à la demande croissante des consommateurs.

Pour cela, il est important de favoriser les produits d’occasion ou de seconde main. Pour les personnes réticentes à l’idée d’acheter un téléphone d’occasion, il existe des sites internet spécialisés dans la vente de produits reconditionnés tels que Back Market garantissant la qualité du produit. Pour les personnes souhaitant à tout prix du neuf, les fournisseurs entreprenant une démarche d’écoconception et d’économie circulaire comme Fairphone peuvent être privilégiés. La taille des écrans étant l’un des composants nécessitants le plus de métaux rares, réduire la taille de ses écrans de téléphones, ordinateurs et télévisions est primordial. Par ailleurs, prendre soin de son matériel informatique et privilégier la réparation au rachat est préférable. Pour cela, il existe des guides pratiques pour connaître les vraies bonnes actions à suivre.

En moyenne, un Français possède entre 11 et 15 objets connectés selon Green IT.fr. Il est alors important de réfléchir sur la nécessité de ces objets dans notre quotidien et sur notre rythme de consommation. Bien que posséder un ordinateur ou un téléphone soit nécessaire pour la plupart d’entre nous, une montre connectée ou une brosse à dents électrique ne l’est peut-être pas. Cette démarche de remise en question peut également s’appliquer sur les innovations technologiques, comme la 5G par exemple, qui va entraîner un renouvellement massif des téléphones.

Il est également important de noter que votre voix compte ! Vous pouvez vous engager dans des associations telles que HOP (Halte à l’Obsolescence Programmée) et The Shift Project, prendre part à des manifestations ou signer des pétitions en ligne, sans oublier que votre pouvoir d’achat est l’un des leviers les plus forts pour faire changer les choses.

Conclusion

Réduire sa consommation de produits électroniques, c’est diminuer l’impact de l’extraction des métaux rares sur l’environnement, condamner l’exploitation humaine et la dépendance de la France envers certains pays. C’est également réduire son impact sur le climat en limitant l’émission de CO², la consommation d’eau et la pollution des sols et des eaux.

Pour en savoir plus vous pouvez lire le livre de Guillaume Pitron intitulé « La guerre des métaux rares : La face cachée de la transition énergétique et numérique », ou regarder les reportages comme « Blood in the mobile » de Frank Piasecki Poulsen sur le contrôle des mines et « Welcome to sodom » de Florian Weigensamer et Christian Krönes sur l’enfer des décharges électroniques. La dernière infographie sur les terres rares produites par l’ADEME est également très complète et permet d’avoir un aperçu visuel de la situation.

Guignard Benjamin

 

 

Sources :

ADEME : Terres rares, énergies renouvelables et stockage d’énergie. Publié en octobre 2020.
https://www.ademe.fr/terres-rares-energies-renouvelables-stockage-denergies

Les terres rares et après ? Publié le 9 mai 2019 par Michel Latroche.
https://lejournal.cnrs.fr/billets/les-terres-rares-et-apres

Les enjeux stratégiques des terres rares et des matières premières stratégiques et critiques. Rapport n° 617 (2015-2016) de M. Patrick HETZEL, député et Mme Delphine BATAILLE, sénatrice, fait au nom de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, déposé le 19 mai 2016
https://www.senat.fr/rap/r15-617-1/r15-617-1.html

Les terres rares, qu’est-ce que c’est ? Publié le 8 septembre 2014.
https://www.geo.fr/environnement/definition-terres-rares-scandium-yttrium-et-lanthanides-124433

UE : huit métaux stratégiques sous le risque de pénurie. Publié le 08 novembre 2013 par Rachida Boughriet.
https://www.actu-environnement.com/ae/news/JRC-rapport-metaux-strategiques-terres-rares-europe-penurie-energie-19901.php4

Pénurie de terres rares : une dépendance qui interroge. Publié le 5 juin 2019 par Julien Fosse.
https://www.usinenouvelle.com/blogs/julien-fosse/penurie-de-terres-rares-une-dependance-qui-interroge.N851080

Quels risques d’approvisionnement dans les métaux rares ? Publié le 1 juin 2019 par Romain Dion.
https://www.lerevenu.com/bourse/or-et-matieres-premieres/quels-risques-dapprovisionnement-dans-les-metaux-rares

La « guerre des métaux rares », ou la face cachée de la transition énergétique. Publié le 10 avril 2019.
https://www.linfodurable.fr/environnement/la-guerre-des-metaux-rares-ou-les-non-dits-de-la-transition-energetique-10587

Les métaux rares, des éléments devenus stratégiques. Publié le 30 Août 2018.
https://www.planete-energies.com/fr/medias/decryptages/les-metaux-rares-des-elements-devenus-strategiques

Des « minerais de sang » dans vos smartphones. Publié le 25 septembre 2017.
https://lequotidien.lu/a-la-une/des-minerais-de-sang-dans-vos-smartphones/

Les métaux : des ressources qui pourraient manquer ?
https://multimedia.ademe.fr/infographies/infographie-terres-rares-ademe/